Rose c'est paris
20.02.2013 to 08.04.2013
Gallery - Brussels - Belgium

Une jeune femme que l’on connaît par son initiale, B., cherche Rose, sa sœur jumelle, qu’elle prétend disparue : tel est le point de départ d’une sorte de quête initiatique, de l’Autre et de Soi, prétexte à de multiples évocations et tableaux.

Muse plus que sujet de la narration, le Paris de Bettina Rheims apparaît au gré de l’intrigue sous une forme qua- si allégorique. Le Paris en noir et blanc auquel s’est attaché l’artiste est celui des origines du surréalisme. L’ombre insaisissable de Fantômas plane sur la butte Montmartre où Souvestre et Allain conçurent leur héros, entité nuisible et protéiforme, dont les crimes inspirèrent toute une génération d’artistes et de poètes. En contrepoint de cet univers nocturne et maléfique, Marcel Duchamp fait souffler sur la ville l’air léger et exaltant du désir. C’est le côté Rose, subtil, aérien.

Le titre du projet s’inspire du pseudonyme que s’était choisi l’artiste. Rrose Sélavy = Rose, c’est Paris = Rose séparée. Bettina Rheims et Serge Bramly ont souhaité lui rendre hommage tout au long de leur fiction à travers diverses scènes et citations.

Présenté comme un « grand sérial mystérieux », genre cher aux surréalistes, Rose, c’est Paris se divise en treize épisodes où l’on découvre entre autres décors un Paris insolite ou méconnu, volontairement atemporel : les magasins abandonnés de l’ancienne Bibliothèque nationale, les sous-sols du Palais de justice, le dôme de l’Obser- vatoire, les canaux souterrains... Quant aux interprètes, près de quatre-vingts modèles et comédiens ont bien voulu prêter leur concours, certains débutants, d’autres, célèbres, comme Monica Bellucci, Valérie Lemercier, Naomi Campbell, Charlotte Rampling ou Jean-Pierre Kalfon.

L’intrigue, si l’on peut dire, s’ouvre sur la disparition de Rose, et le désarroi, les interrogations, les obsessions et les « visions » de sa jumelle, avant de développer six thèses, six théories possibles sur ce qui a pu se passer ; il s’agit des hypothèses de l’enlèvement, de la dissolution, du complot, de l’amour contrarié, du gang des rosières, de la mariée. Ces pistes divergentes sont explorées tour à tour selon le principe d’André Breton qui visait ce « point de l’esprit où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommuni- cable, le haut et le bas cessent d’être perçus con¬tradictoirement. »

Dans les derniers épisodes, guidée par une voyante, puis par une pythie sous cloche de verre, l’héroïne rencon- tre enfin la Magicienne de l’Observatoire, à l’endroit précis où passe le méridien de Paris, et celle-ci la révèle à elle-même au moyen d’un petit miroir. B. peut désormais faire le deuil de son double : elle devient Rose, si elle ne l’a pas toujours été. En toute logique, l’aventure s’achève par une partie de cartes, dans un décor en trompe- l’œil, célébration des caprices du hasard, facteur créatif essentiel.