L'artiste belge Arne Quinze : "C’est un virus plus dangereux que le Covid-19"

So Soir

Par Marie Honnay pour So Soir

En juin, la Brafa, l’une des plus prestigieuses foires d’art au monde, fera son grand retour dans un nouveau lieu:  Brussels Expo. Avec pour la première fois, un Belge pour invité d’honneur: l’artiste Arne Quinze, dont les sculptures monumentales se dressent partout dans le monde.

 

Parfait bilingue, Arne Quinze, né à Gand, est connu dans le monde entier pour ses œuvres urbaines monumentales. On pense notamment à celle en bois, sorte de mikado géant, construite à l’occasion de Mons 2015, une ville qui a récemment accueilli une vaste rétrospective de son parcours artistique. Auteur de plus de 60 sculptures monumentales, l’artiste de 50 ans, qui a commencé sa carrière d’artiste en tant que graffeur dans les années 80, multiplie aujourd’hui les projets, de Dubaï à Sao Paulo.

 

En juin prochain, il succèdera à des plasticiens de renommée mondiale (comme Cristo et Gilbert & George) en tant qu’invité d’honneur de la Brafa 2022. Arne Quinze sera ainsi le premier Belge à recevoir cet honneur. Pour l’occasion, nous nous sommes rendus chez lui, dans son impressionnante maison-atelier aménagée dans une ancienne grange. Nous sommes revenus avec lui sur cette invitation de la Brafa.

 

En juin prochain, vous serez l’invité d’honneur de la Brafa. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
« C’est évidemment un grand honneur. Compte tenu des précédents invités, je me sens flatté. J’ai l’impression de faire, moi aussi, partie de cette grande famille d’artistes. Même si je ne réalise que 5% de mon œuvre en Belgique et que je me considère avant tout comme un enfant du monde, ce pays compte à mes yeux. Cette foire est un lieu de rencontres formidable. J’aime comment les organisateurs mélangent les genres et ouvrent la porte à de nouvelles influences artistiques, à la fois anciennes et contemporaines. Il faut arrêter de vouloir mettre tout le monde dans des cases. »

 

Votre art joue avec les codes. Joyeux et presqu’enfantin, il se veut en réalité très engagé. Vous vous considérez comme un convertisseur ?
« Quand je déforme des tôles de métal pour en faire des fleurs colorées, je construis ma nature à moi. De loin, mes œuvres paraissent aussi fragiles que les fleurs de mon jardin dont elles s’inspirent. Quand je peins, mon trait est abstrait, mais, désormais, je m’autorise à sortir du cadre. Je veux peindre le plus loin possible. Je pense souvent aux Impressionnistes qui, déjà, représentaient la nature à leur façon, en toute liberté. Moi aussi, je suis un homme libre ; un homme libre et… heureux. Déjà dans les années 80, je n’ai jamais été rattrapé par le virus du minimalisme. Ce qui m’effraie le plus, c’est la monotonie. Pour moi, c’est un virus dangereux. Encore plus dangereux que le Covid-19. »

 

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?
« Sur une construction de 150 mètres de long au Caire. Puis, ce sera le Brésil, le Mexique, les Émirats... Peu de gens peuvent se permettre de s’offrir l’une de mes œuvres, mais quand j’en installe une au cœur d’une ville, elle fait se réunir des passionnés d’art contemporain et les gens du quartier. On crée des mélanges intéressants. Les gens ressentent à nouveau de la fierté pour leur petit coin bétonné. Qui que nous soyons et peu importe l’endroit où nous vivons, la seule chose qui compte, c’est de continuer à cultiver notre jardin. »

9.2.2022